Les chasseurs et les tireurs sportifs manipulent des armes capables d'infliger des blessures gravissimes en une fraction de seconde. Pourtant, beaucoup partent en battue ou au stand sans le seul équipement capable d'arrêter une hémorragie mortelle : le garrot tourniquet.

Personne n'aime envisager l'accident. Mais en chasse comme au tir, la préparation fait la différence entre un drame et une vie sauvée. Voici pourquoi un garrot tourniquet devrait figurer dans le kit de tout pratiquant — et comment l'intégrer intelligemment.

La réalité : l'accident existe, même chez les pratiquants prudents

La chasse est une activité encadrée et de plus en plus sûre, mais elle n'est pas sans risque. En France, les accidents de chasse sont recensés chaque année par l'Office français de la biodiversité (ex-ONCFS). Sur la saison 2018-2019, on dénombrait par exemple 131 accidents, dont 7 mortels.

La grande majorité des accidents graves découlent du non-respect des règles élémentaires de sécurité : tir dans l'angle des 30°, tir sans identifier sa cible, mauvaise manipulation de l'arme. Ces fautes représentent à elles seules environ deux tiers des accidents. Autrement dit : même si vous êtes irréprochable, vous n'êtes pas à l'abri de l'erreur d'un autre.

Au tir sportif, les accidents sont rares grâce à des protocoles stricts, mais ils existent aussi : départ de coup intempestif, ricochet, mauvaise manipulation. Dans les deux disciplines, le risque zéro n'existe pas.

Pourquoi le garrot, précisément ?

La réponse tient en une donnée simple et implacable : l'hémorragie est la première cause de décès évitable lors d'une blessure par arme à feu.

Une plaie qui touche une artère d'un membre peut provoquer la mort en moins de 5 minutes. C'est plus rapide que le délai d'arrivée des secours dans la quasi-totalité des situations de chasse, souvent en pleine nature, loin de toute route.

Face à une hémorragie massive d'un bras ou d'une jambe, aucun autre outil n'est aussi rapide et efficace qu'un garrot tourniquet. Là où la compression manuelle ou le pansement échouent sur une plaie qui pisse le sang, le garrot coupe net l'arrivée de sang et achète le temps nécessaire à l'arrivée des secours. Les professionnels de santé ont largement démontré son efficacité : les complications liées à un garrot sont rares au regard des vies sauvées.

L'argument décisif en chasse : l'éloignement des secours

C'est sans doute le point le plus important. La chasse se pratique le plus souvent en milieu isolé : forêts, plaines, zones de montagne, chemins inaccessibles aux véhicules de secours.

Concrètement, cela signifie :

  • un temps d'accès des secours très allongé, parfois bien au-delà des 5 minutes fatidiques ;
  • une localisation difficile à transmettre au SAMU ;
  • une victime potentiellement inaccessible à une équipe médicale avant un long délai.

Dans ce contexte, vous êtes le premier maillon de la chaîne de secours. Le garrot que vous portez sur vous est, très littéralement, ce qui peut maintenir une personne en vie jusqu'à l'arrivée des professionnels. Attendre les secours sans pouvoir agir, c'est regarder le temps s'écouler — et le temps, ici, c'est du sang perdu.

Au stand de tir : un risque maîtrisé mais réel

Le tir sportif bénéficie d'un environnement contrôlé : règles strictes, surveillance, infrastructures. Mais cela ne supprime pas le besoin d'un garrot.

Un départ de coup accidentel, un ricochet ou une mauvaise manipulation peuvent survenir, y compris chez des tireurs expérimentés. De nombreux stands et clubs s'équipent d'ailleurs de kits de contrôle d'hémorragie précisément pour cette raison. Avoir son propre garrot, c'est ne pas dépendre uniquement de l'équipement collectif — et savoir exactement où il se trouve et comment il fonctionne.

Quel garrot choisir pour la chasse et le tir ?

Tous les garrots ne se valent pas. Pour une utilisation en conditions réelles, privilégiez impérativement un garrot homologué et reconnu par les protocoles d'urgence, comme le CAT (Combat Application Tourniquet) ou le SOFTT-W.

Pourquoi est-ce crucial :

  • ces modèles sont éprouvés et validés par la médecine d'urgence et tactique ;
  • ils résistent au froid, à l'humidité et aux conditions difficiles du terrain ;
  • ils peuvent être posés d'une seule main, ce qui est vital si vous devez vous garrotter vous-même.

À l'inverse, fuyez les contrefaçons et les modèles bas de gamme : un garrot dont le moulinet casse ou dont la bande se déchire au moment critique est pire qu'inutile, car il crée une fausse sécurité.

Où ranger son garrot quand on chasse ou qu'on tire ?

Un garrot n'est utile que s'il est accessible en quelques secondes, d'une seule main. Quelques principes :

  • Sur soi, pas au fond du sac. En cas de blessure, vous n'aurez peut-être ni le temps ni la capacité de fouiller votre sac à dos. Privilégiez un porte-garrot sur la ceinture, le gilet de chasse ou une sangle facilement atteignable.
  • À un emplacement connu et constant. Si vous chassez en groupe, idéalement chaque membre porte son garrot au même endroit, pour que n'importe qui puisse le trouver et l'utiliser sur un blessé.
  • Accessible des deux mains. Vous ne savez pas quel bras sera touché : choisissez un emplacement central, atteignable à gauche comme à droite.

Un porte-garrot dédié, identifiable d'un coup d'œil, fait gagner un temps précieux sous stress.

Un garrot par personne, idéalement

En battue ou en groupe, la logique est claire : chaque chasseur devrait disposer de son propre garrot. Plusieurs raisons :

  • le garrot que vous portez peut servir à vous soigner (auto-application) ;
  • en cas de blessure d'un autre, son garrot est immédiatement disponible si chacun en a un ;
  • une hémorragie peut nécessiter plus d'un garrot (membre volumineux, double blessure).

L'équipement collectif au point de rendez-vous, c'est bien ; un garrot individuel sur chaque participant, c'est mieux. Et cela ne dispense pas d'un kit de contrôle d'hémorragie plus complet (pansement compressif, gaze hémostatique, gants) dans le sac ou le véhicule.

Le matériel ne suffit pas : se former est indispensable

Posséder un garrot sans savoir s'en servir, c'est comme avoir un extincteur sans jamais l'avoir manipulé. Sous le stress d'un accident, on ne s'improvise pas secouriste.

Avant la saison, suivez une formation aux premiers secours adaptée : GQS (2 h), PSC1/PSC (1 jour) ou une formation orientée traumatologie de type TCCC. Vous y apprendrez à poser un garrot correctement — au bon endroit, avec la bonne tension — et à noter l'heure de pose, information capitale pour les secours.

Entraînez-vous ensuite régulièrement, idéalement avec un garrot d'entraînement dédié, pour que le geste devienne un réflexe. Le jour où cela compte, vous n'aurez pas le temps de réfléchir.

Les bons réflexes en cas d'hémorragie sur le terrain

En résumé, face à une hémorragie d'un membre lors d'une partie de chasse ou au stand :

  1. Se protéger et sécuriser la zone (arme désengagée, environnement sûr).
  2. Poser le garrot sur le membre, à 5-7 cm au-dessus de la plaie, jamais sur une articulation.
  3. Serrer jusqu'à l'arrêt complet du saignement.
  4. Noter l'heure de pose (sur le garrot ou la peau de la victime).
  5. Alerter les secours (112 / 15) en donnant une localisation précise.
  6. Ne pas retirer le garrot : seul un professionnel le fera en milieu médicalisé.

Foire aux questions

Un garrot est-il vraiment nécessaire pour chasser ? Oui. L'hémorragie est la première cause de décès évitable par arme à feu, et la chasse se pratique souvent loin des secours. Le garrot est le seul outil capable d'arrêter rapidement une hémorragie de membre.

Quel garrot choisir pour la chasse ou le tir ? Un modèle homologué et reconnu (CAT, SOFTT-W), posable d'une seule main et résistant aux conditions de terrain. Évitez les contrefaçons.

Où porter son garrot en chasse ? Sur soi, accessible d'une seule main des deux côtés : ceinture, gilet ou sangle — jamais au fond du sac.

Faut-il un garrot par chasseur ? Idéalement oui. Chacun porte le sien, à un emplacement standardisé, pour une auto-application ou un secours mutuel rapide.

Suffit-il d'avoir un garrot pour être prêt ? Non. Une formation aux premiers secours (GQS, PSC1, TCCC) est indispensable pour savoir poser le garrot efficacement sous stress.

En résumé

À la chasse comme au tir sportif, le garrot tourniquet n'est pas un gadget : c'est une réponse à un risque réel, dans un contexte où les secours mettent souvent du temps à arriver. L'hémorragie tue en quelques minutes ; le garrot, posé à temps, sauve des vies.

Équipez-vous d'un garrot homologué, portez-le sur vous et accessible, idéalement un par personne — et surtout, formez-vous à l'utiliser. C'est cette combinaison qui fait d'un pratiquant prudent un pratiquant réellement prêt.

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